Qui peut accéder à la PMA en France ?
La loi n° 2021-1017 du 2 août 2021 relative à la bioéthique a ouvert l'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) bien au-delà du cadre initial réservé aux couples hétérosexuels confronté·es à une infertilité médicale. Désormais, toute femme peut y avoir recours, seule ou en couple.
Les bénéficiaires
- Couples de femmes, qu'ils soient mariés, pacsés ou en concubinage. Aucune condition de durée de vie commune n'est exigée.
- Femmes seules, sans condition de statut matrimonial.
La prise en charge financière
L'assurance maladie rembourse la PMA dans les mêmes conditions que pour les couples hétérosexuels. Concrètement, la Sécurité sociale couvre jusqu'à 6 tentatives d'insémination artificielle et 4 tentatives de fécondation in vitro (FIV), sous réserve que la personne qui porte l'enfant ait moins de 43 ans au moment de chaque tentative.
Aucune distinction selon la composition du couple. Le remboursement est identique que vous soyez un couple hétérosexuel, un couple de femmes ou une femme seule. Les centres de PMA n'ont pas le droit de refuser votre dossier en raison de votre orientation sexuelle.
La reconnaissance conjointe anticipée, l'étape indispensable
C'est le point central de tout projet de PMA pour un couple de femmes. Pour les couples hétérosexuels, la filiation s'établit automatiquement par l'accouchement (mère) et par la présomption de paternité ou la reconnaissance (père). Pour les couples de femmes, le mécanisme est différent.
Le principe
La femme qui accouche est mère de plein droit, par le seul fait de l'accouchement. Pour la seconde mère, la loi a créé un mécanisme spécifique : la reconnaissance conjointe anticipée. Ce document, établi devant notaire, doit être signé par les deux membres du couple avant même le début du parcours médical, au moment du recueil du consentement au don de gamètes.
Les effets juridiques
La reconnaissance conjointe anticipée établit la filiation de l'enfant à l'égard de la seconde mère avec la même portée juridique que la filiation par le sang. Une fois l'enfant né, le document est transmis à l'officier·ère d'état civil qui l'inscrit dans l'acte de naissance. Les deux mères disposent alors des mêmes droits et obligations parentaux.
Sans reconnaissance conjointe anticipée, la seconde mère n'a aucun lien juridique avec l'enfant. En cas de séparation, de décès ou de conflit, elle ne dispose d'aucun droit parental, d'aucun droit de visite et d'aucun droit successoral. Cette démarche n'est pas une option, c'est une nécessité absolue.
Les étapes concrètes
Prendre rendez-vous chez un·e notaire
Le·la notaire prépare l'acte de reconnaissance conjointe anticipée. Les deux membres du couple doivent être présent·es.
Signer le consentement au don
En même temps que la reconnaissance conjointe, le·la notaire recueille le consentement au don de gamètes, qui rend le don irrévocable.
Conserver l'original
Le·la notaire conserve l'acte. Une copie vous est remise. Conservez-la précieusement, vous en aurez besoin à la naissance.
Transmettre à la maternité
Le jour de la naissance, remettez la copie de la reconnaissance conjointe à la maternité ou à l'officier·ère d'état civil pour qu'elle soit mentionnée sur l'acte de naissance.
Le déroulement du parcours de PMA
Le parcours médical de la PMA est identique pour tous les couples. Il se déroule dans un centre agréé par l'Agence de la biomédecine. Marseille et la région PACA disposent de plusieurs centres habilités.
Les techniques proposées
- Insémination artificielle avec don de sperme (IAD) — technique la plus simple et la plus courante pour les couples de femmes. Le sperme d'un donneur anonyme est déposé dans l'utérus. Taux de succès moyen de 10 à 15 % par tentative.
- Fécondation in vitro (FIV) — proposée en cas d'échec des inséminations ou de problème médical identifié. Le taux de succès est d'environ 25 à 30 % par tentative.
- ROPA (Réception d'Ovocytes de la Partenaire) — une femme fournit les ovocytes, l'autre porte la grossesse. Cette technique n'est pas encore autorisée en France mais est pratiquée dans certains pays européens (Espagne, Belgique).
Les délais d'attente
Le délai principal concerne l'accès au don de gamètes. En France, le don de sperme repose sur le volontariat et l'anonymat, ce qui crée une pénurie structurelle. Le délai d'attente moyen est de 12 à 24 mois selon les centres, parfois davantage. Ce délai est une réalité importante à intégrer dans votre projet.
Conseil pratique. Prenez rendez-vous dans un centre de PMA dès que votre projet est mûr, et lancez parallèlement les démarches chez le·la notaire pour la reconnaissance conjointe anticipée. Les deux démarches peuvent avancer en même temps.
PMA réalisée à l'étranger avant la loi de 2021
Avant août 2021, de nombreux couples de femmes ont eu recours à une PMA à l'étranger, le plus souvent en Belgique ou en Espagne. La question de la filiation de la seconde mère restait alors non résolue en droit français.
Le dispositif transitoire (échu)
La loi de 2021 avait prévu un délai de 3 ans, jusqu'en août 2024, pour permettre aux couples concerné·es de régulariser la filiation de la seconde mère par une simple déclaration devant le tribunal judiciaire. Ce délai est désormais échu.
Que faire aujourd'hui ?
La seule option restante pour établir la filiation de la seconde mère est l'adoption de l'enfant du·de la conjoint·e. Cette procédure est plus longue (4 à 12 mois) et plus lourde, mais elle aboutit au même résultat, un lien de filiation complet avec l'enfant.
Depuis la loi du 21 février 2022, l'adoption de l'enfant du·de la conjoint·e est ouverte aux couples non mariés (pacsés ou concubin·es). Il n'est donc plus nécessaire de se marier pour engager cette démarche.
Urgence. Si vous êtes dans cette situation et que la filiation de la seconde mère n'a pas été régularisée, consultez un·e avocat·e sans attendre. En cas de séparation ou de décès, l'absence de lien de filiation place la seconde mère dans une situation de grande vulnérabilité juridique.
Que se passe-t-il en cas de séparation ?
Si la filiation est établie pour les deux mères
La séparation obéit aux mêmes règles que pour n'importe quel couple. Les deux mères exercent conjointement l'autorité parentale. Le·la juge aux affaires familiales fixe la résidence habituelle de l'enfant, le droit de visite et d'hébergement et la pension alimentaire, en se fondant sur l'intérêt supérieur de l'enfant.
Si les deux mères sont mariées, la procédure de divorce s'applique normalement. Si elles sont pacsées ou en concubinage, la dissolution du PACS ou la séparation de fait se gère en parallèle des mesures relatives aux enfants.
Si la filiation n'a pas été régularisée
La situation est beaucoup plus fragile. La seconde mère ne dispose d'aucun droit légal sur l'enfant. La mère biologique peut refuser tout contact entre l'enfant et son ex-partenaire. La seconde mère ne peut pas obtenir de droit de garde ni de droit de visite automatique.
Toutefois, il est possible de saisir le·la juge aux affaires familiales pour demander un droit de visite sur le fondement de l'article 371-4 du Code civil, qui prévoit le maintien des liens entre l'enfant et les personnes ayant contribué à son éducation. Cette démarche est possible mais incertaine et doit être accompagnée par un·e avocat·e.
Pourquoi faire appel à un·e avocat·e ?
Le parcours de PMA est avant tout médical. Mais ses implications juridiques sont considérables, et une erreur ou un oubli peut avoir des conséquences irréversibles. L'avocat·e intervient à plusieurs étapes du projet.
Avant la PMA
Vérifier que toutes les étapes juridiques sont respectées. S'assurer que la reconnaissance conjointe anticipée est correctement rédigée. Anticiper les questions patrimoniales.
En cas de difficulté
Régulariser une filiation non établie (PMA avant 2021). Contester un refus de centre de PMA. Gérer un désaccord entre les membres du couple pendant le parcours.
En cas de séparation
Défendre les droits parentaux de la seconde mère. Organiser la garde et le droit de visite. Fixer la pension alimentaire. Engager une procédure d'adoption si la filiation n'a pas été établie.
Les questions les plus posées
Questions fréquentes
6 questions sur la PMA pour les couples de femmes
Non. La PMA est ouverte aux couples de femmes mariées, pacsées ou en concubinage, ainsi qu'aux femmes seules. Aucune condition de durée de vie commune n'est exigée.
Elle est indispensable pour établir la filiation de la seconde mère. Sans cette démarche, seule la femme qui accouche est juridiquement reconnue comme parent. La seconde mère n'a alors aucun droit parental.
Oui, dans les mêmes conditions que pour les couples hétérosexuels. La prise en charge couvre jusqu'à 6 inséminations et 4 FIV, sous réserve que la personne qui porte l'enfant ait moins de 43 ans.
Le délai varie entre 12 et 24 mois selon les centres. La pénurie de dons en France est structurelle. Certain·es couple·s se tournent vers des centres belges ou espagnols pour réduire l'attente.
Le délai de régularisation simplifiée est échu depuis août 2024. La seule option restante est l'adoption de l'enfant du·de la conjoint·e. Un·e avocat·e peut vous accompagner dans cette procédure.
Oui, dès lors que la reconnaissance conjointe anticipée a été réalisée. Les deux mères exercent conjointement l'autorité parentale et disposent des mêmes droits et obligations.
Un projet de PMA ? Le cabinet peut vous accompagner
Reconnaissance conjointe, filiation, régularisation d'une situation antérieure à 2021. Un premier échange suffit souvent à y voir plus clair.
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